23 mai 2008
Quand les cerfs volaient...
D'après le dictionnaire de l'Académie française, le mot « cerf-volant » viendrait de serp-volante mot d'origine méridionale signifiant « serpent volant ».
Il y a bien longtemps, en langue occitane, cerf-volant se disait sèrp-volanta et désignait bien un serpent-volant, (non pas un cerf). Cette appellation serpent-volant faisait allusion aux textes et légendes mentionnant des serpents ailés et des dragons volants, dans différents ouvrages anciens. Au cours des siècles, elle aurait été appliquée au cerf-volant artificiel. Car, en effet, dans tous les pays, les formes des cerfs-volants faisaient penser à quelque chose qui volait, à un oiseau, à un serpent ou à un dragon…
Alors, pourquoi aujourd’hui, écrivons-nous cerf-volant, et non ser(p)-volant ?
Dans notre pays, cette confusion fut introduite au XVII siècle. Cela s’est produit, lorsque le mot a été emprunté à la « langue d'Oc » pour être transcrit en bon « français ». Les mots sèrp et cerf se prononçant de la même façon, on comprend aisément pourquoi sèrp-volante ou ser-volante a été transcrit de façon erronée, par « cerf-volant » en français…
04 avril 2008
mobilisation générale
Il faut sauver le point virgule !
Le point-virgule : La lanterne rouge
S'il existait un Top 10 de la ponctuation selon la fréquence de chaque signe dans les imprimés, le point-virgule arriverait, et de loin, en queue du peloton. La presse le délaisse : dans le numéro du 22 décembre 2005 de L'Humanité par exemple, nous n'en avons, à notre grande surprise, trouvé qu'un seul (réfugié dans l'éditorial), alors que tous les autres signes y sont largement représentés. Force est de constater qu'il n'a pas le vent en poupe et fait partie, comme l'imparfait du subjonctif ou le passé simple, des finesses menacées par l'appauvrissement de l'expression écrite.
Claude Duneton écrivait dans Le Figaro en septembre 2003 un plaidoyer en sa faveur : « Le point-virgule mal aimé des écrivants, abandonné par les écrivains, est en voie de disparition : protégeons-le... » Et il citait les attaques de Cavanna contre ce « signe infortuné » : l'auteur des Ritals le traitant de « parasite timoré » qui traduit « le flou de la pensée, et colle aux dents du lecteur comme un caramel trop mou » ( message transmis à Hugo, à Maupassant ou à Flaubert, grands utilisateurs de ce signe et donc penseurs un peu « flous »). Pour être moins virulent, l'adjectif « vieillot » qu'on lui accole facilement, le range dans les signes du passé... et dépassés.
Chronique d'une mort annoncée ? Le point-virgule va-t-il, sous les coups de ses détracteurs et, surtout, faute d'utilisateurs, passer le seuil critique en deçà duquel il sera condamné ?
Il n'est pourtant réservé ni aux « intellos » ni aux passéistes ; c'est même l'inverse d'un signe élitiste puisqu'il clarifie l'organisation de la phrase. Aucune raison donc de le délaisser : notre mission (nous l'avons acceptée) se veut « désinhibitrice », car la sous-utilisation du point-virgule semble en partie due à l'appréhension qu'il suscite.
Il faut sauver le soldat Point-Virgule
Signe hybride — ni tout à fait point ni tout à fait virgule —, cette « virgule ponctuée », comme l'appelle au XVIIIe siècle le grammairien Girard, est un signe de l'entre-deux. Autrefois ponctuation forte (puisqu'il a été l'équivalent de notre actuel point final jusqu'à la fin du Moyen Age), il a été rétrogradé (pour filer la métaphore militaire).
Le point-virgule assume deux grandes fonctions : tout d'abord, sorte de point atténué, il s'interpose entre des propositions bien distinctes que l'auteur maintient ainsi liées au sein d'un même phrase. Ensuite, il joue le rôle d'une « super-virgule », aidant le lecteur à repérer les grandes articulations d'une phrase longue où abondent déjà les virgules.
Plus point que virgule
Séparation et mise en relation caractérisent le point-virgule dans sa première définition. Par sa présence, l'auteur manifeste sa volonté de cimenter entre elles les différentes propositions (qu'elles se complètent, s'opposent, soient mises en parallèle...).
Plus virgule que point
« Doublure » de la virgule forte, celle qui sépare des propositions, le point-virgule est destiné à éviter au lecteur de s'égarer dans la phrase labyrinthique, où abondent déjà les virgules faibles.
Il existe sur le Net* un Comité de défense et d'illustration du point-virgule, dont les membres s'engagent à « chanter ses louanges en toute occasion » et à l'utiliser « chaque fois que ce sera approprié ». Serment digne de celui des Horaces ! Sans faire partie de la confrérie, nous agissons dans l'ombre, rajoutant ces points-virgules décriés avec le sentiment d'accomplir un — petit — acte de résistance. Auquel s'ajoute, si le point-virgule se substitue à un point, le plaisir de rallonger la phrase, qui a ces temps-ci tendance à rétrécir.
[*Ce Comité a aujourd'hui disparu de la Toile.]
En bref
LE POINT-VIRGULE
• Sépare des phrases complètes liées logiquement.
• Joue le rôle d'une « super-virgule » dans la phrase longue, séparant des propositions déjà subdivisées par des virgules.
• Sépare les termes d'une énumération scientifique ou technique.
• Est précédée d'une espace fine et suivi d'une espace forte.
© Seuil. Olivier Houdart et Sylvie Prioul
07 janvier 2008
Le quatrième roi mage.
Le poète Henry van Dyke, dans un de ses contes de Noël les plus connus, The Story of the Other Wise Man, a raconté l'histoire d'un quatrième roi mage, Artaban de Médée, qui voulut apporter à l'enfant Jésus trois pierres précieuses. Il vendit tous ses biens, et prit la route. En chemin, il rencontra des nécessiteux, pour qui il sacrifia ses cadeaux. Il n'atteignit jamais la crèche, mais Jésus lui apparut plus tard : en ayant aidé des inconnus en détresse, il avait trouvé et aidé Jésus aussi bien que s'il était arrivé jusqu'à Bethleem.
Une légende russe raconte que le quatrième roi mage serait le père Noël. En Finlande, on raconte aussi que le Père Noël est ce quatrième roi mage qui offre des cadeaux aux enfants car, trop au nord de la planète pour voir l'étoile du Berger à l'époque, il n'aurait jamais atteint Bethléem.
L'écrivain français Michel Tournier, dans son roman Gaspard, Melchior et Balthazar paru en 1980, donne une version plus iconoclaste de l'histoire d'un quatrième roi mage : Taor, prince de Mangalore. Parti du sud de l'Inde pour découvrir la recette du rahat loukoum à la pistache, il arrive trente trois ans plus tard à Jérusalem et découvre l'eucharistie.
30 novembre 2007
Original
Le point d'ironie est un signe de ponctuation qui se place à la fin d'une phrase pour indiquer que celle-ci doit être prise au second degré. Il est souvent représenté par un point d'interrogation à l'envers, mais d'autres graphies existent. Exemple : un point d'exclammation entre parenthèses : (!).
Ce signe (
) a été proposé par le poète français Alcanter de Brahm à la fin du XIXe. Il fut par la suite repris par Hervé Bazin dans son livre Plumons l'oiseau (1966). Il a été remis à l'honneur par Agnès B. en 1997 dans son périodique d'art "Point d'ironie".
29 novembre 2007
Ponctuation
Les pionniers de la ponctuation seraient les responsables successifs de la grande bibliothèque d’Alexandrie au IIIe et IIe siècle avant JC... Trois grammairiens (Zénodote / Aristophane / Aristarque) ont inventé des accents, des divisions en chapitres et surtout, les trois premiers signes de ponctuation (le point en haut, le point médian et le point en bas)
À la deuxième place du podium, c’est le point d’interrogation, qui fait son apparition au IXe siècle.
Suivi quelques siècles plus tard par le point d’exclamation, inventé à Florence, en plein période de la Renaissance !
Depuis le XVIIe siècle, nos signes de ponctuations restent inchangés. seule la vie du point-virgule semble menacée... mais les correcteurs veillent à ce qu’ils ne disparaissent pas des articles.
Dans les années 1960, (période correspondant à l’essor de l’Oulipo, mouvement littéraire créé par Raymond Queneau et Georges Pérec), apparaissent de nouveaux signes... qui ne firent malheureusement pas long feu :
L’interrobang, créé par un publicitaire américain, était un mélange de point d’interrogation et d’exclamation
L’écrivain français Hervé Bazin, avait mis au point quant à lui le point d’ironie, le point d’acclamation et le point d’amour.
26 novembre 2007
disparition
ne ... pas, ne ... plus, ne ... guère, ne ... personne, ne ... rien, ne ... ni ... ni, ne ... jamais, .......
De nombreuses formules indiquent la négation. Mais aujourd'hui, avec le développement d'une oralisation défaillante, d'un phrasé rapide, simplifié, il apparaît de plus en plus évident que le "ne" disparaît. L'oubliant à l'oral, les enfants ne l'entendant plus, il est de plus en plus difficile de l'avoir dans une phrase de forme négative. Ainsi en va-t-il de l'usage de notre langue, vers une modernisation ou vers un appauvrissement.
Je lutte pour que la négation garde encore tous ses éléments, perpétuel dinosaure ou rétrograde, je m'insurge contre tout ce qui tire vers le bas ..... notre si belle langue.
